Le rapport de l'ANSES, intitulé "évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement", publié en novembre 2010, a été très relayé dans la presse. Mais force est de constater que tout n'a pas été dit sur le contenu de ce rapport. Alors, je m'y attelle!
Tout d'abord, nous pourrions nous étonner que l'un des auteurs des régimes étudiés soit présent dans le groupe de travail évaluant les risques : Jacques Fricker a t'il participé à l'analyse de son régime? Ce serait un comble, mais comment suspecter l'ANSES - Agence Nationale de Sécurité Sanitaire - de manque de transparence et de dépendance à l'égard du microcosme médical?
Deuxièmement, la description de tous les régimes en fonction de leurs différents apports nutritionnels mériterait d'être porter plus avant à la connaissance du grand public : je conseille en tout cas vivement à tous ceux qui souhaitent entreprendre ce type de régimes d'aller lire ces informations, elles sont édifiantes! (Rapport ANSES)
Troisièmement, en ma qualité de professionnelle de la nutrition, je m'indigne qu'aucun journaliste n'est rapporté l'aspect à mon sens le plus intéressant du rapport, à savoir les conséquences psychologiques et comportementales des régimes amaigrissants.
Car toute la question est là : combien de patients ai-je en consultation qui, après de nombreuses tentatives de régimes, sont psychologiquement atteints, en perte d'estime de soi et dans l'incapacité de vivre une alimentation normale? Combien, malgre tous ces essais, sont en surpoids, voire obèses? Combien naviguent sans cesse entre culpabilité et frustration? Combien ne se sentent pas bien?
Je tire du rapport quelques phrases clés :
"En matière d'amaigrissement, la désillusion supplante le succès et l'espoir des premiers temps"
"A cours terme, l'entreprise d'un régime amaigrissant a toujours un effet positif. [...] A long voire moyen terme, la désillusion est le plus souvent amère."
" Les préoccupations parentales sur le poids de leurs enfants et leurs efforts pour restreindre leurs consommations alimentaires (ont) un retentissement psychologique négatif sur l'estime de
soi et la confiance en soi physique et intellectuelle des fillettes dès l'âge de 5 ans".
Sur le plan comportemental, ce n'est pas mieux :
"La seule intention de manger moins pour peser moins crée l'état de restriction cognitive, qui se traduit par une hypophagie chronique, éventuellement entrecoupée d'accès d'hyperphagie [...] lorsque la désinhibition fait échec à la volonté de contrôle. C'est ainsi qu'elle peut paradoxalement conduire à manger d'autant plus et plus mal que si l'on n'avait pas chercher à manger bien et moins pour peser moins"
En résumé, plus on cherche à limiter son alimentation (en restreignant le type d'aliments consommés, ou en en limitant intellectuellement les quantités) à un moment donné, plus on risque d'en manger plus et trop à un autre moment.
"Le retentissement psychologique, physiologique, comportemental et pondéral à long terme de l'entreprise chronique de contrôle alimentaire n'est pas anodin. En privilégiant les informations cognitives, extérieures au sujet, [...], la restriction cognitive tend à courcircuiter les signaux physiologiques de faim et de satiété."
En conclusion : "l'inefficacité à long terme des régimes amaigrissants est aujourd'hui argumentée, et leurs effets potentiellement aggravants du poids sont admis par les cliniciens".
Mais probablement pas par tous ceux qui vendent produits et bouquins "pour perdre du poids"!
Si vous souhaitez perdre du poids, ne cherchez pas de solution miracle, et commencez par vous pencher sur votre comportement alimentaire : comment mangez-vous, dans quelles conditions, dans quel état, êtes-vous attentif à ce que vous mangez, trouvez-vous cela gouteux ou insipide etc...
J'aurai l'occasion de revenir sur ces notions dans de prochains posts.